Atapuerca : l'Europe prend un coup de vieux !
Un fragment de mâchoire vient ébranler la
vision la plus couramment admise de l'évolution humaine au cours des derniers
1,5 million d'années !
C’est au cours de fouilles menées dans la grotte de Sima del Elefante
de la Sierra d'Atapuerca, près de Burgos (Espagne) que l'équipe
hispano-américaine d’archéologues d’Eudald Carbonell, de l'Institut Català de Paleoecologia Humana i Evolució
Social (IPHES) à Tarragonales a mis au jour une mandibule partielle et
une prémolaire inférieure appartenant au même individu de type hominidé en juin 2007.
Ces fossiles, datés de 1,1 à 1,2 million d’années, constituent les plus
anciens vestiges humains identifiés à ce jour en Europe occidentale.
Ils ont été trouvés à proximité d'outils de pierre et d'ossements
animaux qui ont contribué à leur datation.
Les chercheurs en tirent deux grandes
conclusions.
La première, c'est que la présence humaine en
Europe est beaucoup plus ancienne qu'on ne le pensait jusqu'ici.
La seconde, liée à la première, c'est que le
continent européen a pu être le berceau non seulement de l'homme de Neandertal,
comme on le pensait, mais aussi d'espèces comme Homo
antecessor, possible ancêtre commun de l'homme de Neandertal et de l'homme moderne, Homo
sapiens.
"Jusqu'à présent, on pensait que le seul
apport de l'Europe à l'évolution humaine était une espèce très intelligente
mais ratée, les Néandertaliens. Aujourd'hui, nous voyons qu'il s'est passé
beaucoup de choses", explique Juan Luis Arsuaga, du Centre de recherches
sur l'évolution et le comportement humains, codirecteur des fouilles dans le
gisement d'Atapuerca.
Ces chercheurs présentent leur découverte en
compagnie de vingt-sept autres scientifiques, dans un article publié dans la
revue Nature (Nature 452, 465 – 469,
27 Mar 2008), et annoncé à la une sous le titre
"Le premier Européen ?"
Cette
découverte est à même de modifier notre vision globale de l'évolution humaine.
Après des décennies de débats, la théorie la
plus largement acceptée est que les humains sont apparus et ont évolué en
Afrique, continent dont ils ont émigré en plusieurs vagues.
On considère comme avéré qu'Homo
sapiens est parti d'Afrique il y a moins de 100 000 ans et s'est disséminé sur
la planète, supplantant d'autres espèces humaines déjà établies – dont en
Europe l'homme de Neandertal.
Mais le fossile d'Atapuerca pourrait signifier que l'Afrique n'est pas le seul endroit où ont évolué des espèces ancêtres d'Homo sapiens. "Il faut peut-être penser qu'il y a eu des vagues évolutives dans différentes directions", note Juan Luis Arsuaga.
Les chercheurs attribuent ces restes à un «Homo antecessor» ou homme d'Atapuerca, dont les premiers fossiles, datés cette fois de 800.000 ans, avaient été découverts en 1994 dans des grottes voisines. Pour Carbonell et son équipe, cette découverte «suggère qu'une spéciation (formation d'espèce) a eu lieu, au paléolithique inférieur, dans cette zone à l'extrémité (occidentale) du continent eurasiatique».
Cette nouvelle espèce d'hominidés serait due à la venue dans la péninsule ibérique d'une population originaire de l'Est, elle-même constituée de descendants issus de la première expansion démographique en provenance d'Afrique, via peut-être le Proche-Orient et le Caucase. D'après ses découvreurs, Homo antecessor est probablement un descendant d'Homo ergaster et a pu évoluer vers Homo heidelbergensis, lui-même ancêtre direct de l'Homme de Néandertal.
Toutefois, la validité de l’espèce a été remise en question par certains chercheurs, du fait précisément que l’individu type était juvénile. En effet, les traits spécifiques sont souvent moins accusés chez les jeunes individus et les restes attribués à Homo antecessor pourraient relever d’une autre espèce déjà connue. Une partie de la communauté scientifique ne considère Homo antecessor que comme une simple dénomination des fossiles découverts à Atapuerca, qui pourraient appartenir à Homo heidelbergensis voire à une forme d’Homo erectus.
The first
hominin of Europe
Eudald Carbonell, José M.
Bermúdez de Castro, Josep M. Parés, Alfredo Pérez-González, Gloria
Cuenca-Bescós, Andreu Ollé, Marina Mosquera, Rosa Huguet, Jan van der Made,
Antonio Rosas, Robert Sala, Josep Vallverdú, Nuria GarcÃa, Darryl E. Granger,
MarÃa Martinón-Torres, Xosé P. RodrÃguez, Greg M. Stock, Josep M. Vergès,
Ethel Allué, Francesc Burjachs, Isabel Cáceres, Antoni Canals, Alfonso
Benito, Carlos DÃez, Marina Lozano, Ana Mateos, Marta Navazo, Jesús RodrÃguez,
Jordi Rosell, Juan L. Arsuaga
SUMMARY: The earliest hominin occupation of Europe is one of the most debated topics in
palaeoanthropology. However, the purportedly oldest of the Early Pleistocene
sites in Eurasia lack precise age cont
CONTEXT: ...remains bearing traces of hominin
processing, in stratigraphic level TE9 at the site of the Sima del Elefante, Atapuerca, Spain.
Level TE9 has been dated to the Early Pleistocene (approximately 1.2–1.1 Myr),
based on a combination of...
Nature 452, 465 - 469 (27 Mar 2008), doi: 10.1038/nature06815, Letter
