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Archéologie poitevine
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2 mai 2013

Les Suisses du Lot-et-Garonne

Publié le 02/05/2013 à 06h00 Par Jean-Christophe Wasner

De nombreux Suisses sont venus s’installer dans la vallée du Lot. Retour sur un pan d’histoire méconnu.

 

Georges, le père, et Xavier, le fils, font perdurer la tradition suisse avec la fromagerie Baechler du Temple-sur-Lot.
Georges, le père, et Xavier, le fils, font perdurer la tradition suisse avec la fromagerie Baechler du Temple-sur-Lot. (arch. Adrien Vergnolle)

 

On a beaucoup parlé de ces Lot-et-Garonnais qui vont faire respirer l’air pur des Alpes suisses à leur argent... Mais ce que l’on sait moins, c’est que, faisant le chemin inverse, de nombreux Suisses sont venus voir si l’herbe n’était pas plus verte en Lot-et-Garonne.

C’était dans les années 1920. L’agriculture française avait besoin de bras, dans le Lot-et-Garonne et la vallée du Lot en particulier, où beaucoup de familles restaient sans héritier après le drame de la Grande Guerre. À cette époque, l’économie suisse n’était pas aussi florissante qu’aujourd’hui, et l’expatriation courante. Des familles entières d’Helvètes ont donc débarqué en Guyenne.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : alors qu’on ne comptait que 58 ressortissants suisses dans le Lot-et-Garonne en 1911, ils étaient 455 en 1921 et 1 115, cinq ans plus tard. L’immigration se stabilisera au sortir de la Seconde Guerre mondiale autour de 800 âmes (1). Une communauté telle, qu’elle se regroupera autour d’un Cercle suisse à Agen, qui deviendra Cercle de Guyenne et Gascogne.

Pourquoi donc s’installer ici ? La religion joua son rôle. « Nombre d’immigrés étaient originaires du canton de Vaux, une terre protestante », à l’instar de la vallée du Lot, analyse le Clairacais Armand Ryniker, Suisse également et président d’honneur dudit Cercle.

Gruyère lot-et-garonnais

La famille Baechler, du Temple-sur-Lot, est emblématique de ce mouvement migratoire. Georges Baechler est le patron de la célèbre fromagerie du même nom, tandis que Daniel, son cousin, est le maire du village, et José, un autre cousin, est l’actuel président du Cercle suisse.

Le grand-père Baechler est arrivé de la confédération en 1928. « Il était fromager et agriculteur du côté de Lausanne. Il a acheté le domaine de Broc, qui était loué par l’armée pour sa cavalerie de remonte jusqu’en 1923. Il a négocié l’achat par relation, grâce à des Suisses qui étaient déjà en Lot-et-Garonne », raconte Georges. Une arrivée avec femme, enfants… et troupeau de brunes des Alpes (des vaches laitières). Effet garanti dans une région plus habituée à la culture du tabac et des céréales qu’à la production de gruyère.

Bien qu’intégrés à la société française, ces immigrés de première ou deuxième génération gardent un lien particulier avec leur pays d’origine, la citoyenneté suisse notamment. Pour mieux pouvoir se soustraire au fisc hexagonal, glisse-t-on avec malice ? Que nenni ! « Nous, les Suisses, sommes nostalgiques. C’est le Larousse qui le dit », sourit Armand Ryniker, ancien de la fameuse banque UBS qui a hébergé les comptes de qui vous savez. La Suisse elle-même cultive son lien avec ses expatriés : la confédération permet la transmission de la nationalité par les descendants de l’étranger à leurs enfants. La représentation diplomatique helvétique en France les encourage même en ce sens.

La « nostalgie » suisse, ce « sentiment très profond », viendrait plutôt d’un rapport à la citoyenneté. « Le citoyen suisse a vraiment un poids. Il est plus respecté qu’en France, estime Armand Ryniker. C’est comme cela que s’explique le secret bancaire : le gouvernement fait confiance à son peuple et inversement. » La Suisse, Éden fantasmé pour ces Helvéto-Lot-et-Garonnais ? Pas sûr : « Je n’y vivrais pas, rigole Georges Baechler. Le sens civique y est trop poussé. Si vous vous garez mal, vous avez cinq minutes avant d’être dénoncé. Ils sont vraiment trop stricts. » Ah! Ces Français, toujours râleurs, même quand ils sont à moitié suisses !

(1) « Immigration suisse en Lot-et-Garonne au XXe siècle », de Jean-Louis Molinié (extrait de « La Revue de l’Agenais »).

 

Agen · agriculture
Source de l'information et photographie: http://www.sudouest.fr/2013/05/02/bienvenue-en-suisse-sur-lot-1041504-4720.php
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