Le parcours atypique de Stéphane, archéologue dans les Pays de la Loire
Stéphane Augry est devenu un expert en archéologie préventive et travaille sur des sites chargés d'histoire. Il s'est formé sur le terrain, en poussant la brouette.
« Je suis un archéologue heureux. » Découvreur d'histoires enfouies, Stéphane Augry, oeil pétillant et barbe soignée, creuse le temps avec sa truelle et sa passion. À 40 ans, il est aujourd'hui responsable des fouilles au sein de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) pour les Pays de la Loire.
C'est lui qui vient faire les premières recherches sur les sites, notamment lors des chantiers, afin d'en évaluer l'intérêt patrimonial. Il était récemment sur les fouilles de l'abbaye de Fontevraud qui ont levé une page d'histoire, « un moment rare dans une vie d'archéologue ». Il était aussi à Nantes en 2011, sur les fondations des anciens quais nantais du chantier du Bouffay. « On doit maintenant faire face à la concurrence des officines privées qui répondent aux appels d'offres des entreprises. »
Mais quand il remonte le fil de sa propre histoire, c'est un chemin étonnant que l'archéologue met au jour.« J'ai commencé par pousser des brouettes. » Rien ne prédestinait sans doute ce titulaire d'un CAP de photographe documentaliste à se transformer en ouvrier terrassier et à devenir un expert en archéologie.« Je suis heureusement tombé sur des gens passionnants et sympas. Ils m'ont donné la fibre. A l'époque, c'était plus facile. »
Sa motivation est initialement plus pragmatique que passionnelle. Pour échapper au service militaire, Stéphane Augry devient objecteur de conscience et intègre ce qui était alors l'Association pour les fouilles archéologiques nationales. « C'est un métier physique quand il faut creuser l'hiver dans la boue. Mais cela fonde aussi l'expérience. Pour bien comprendre le terrain, il faut le travailler, le sentir. ».
Balayer les lieux communs
Si aucun trésor ne sort de ses multiples recherches à Bordeaux, puis en Lorraine et sur les bords de Loire, il en extrait pourtant une incomparable connaissance empirique avant d'intégrer l'Inrap, institut nouvellement créé en 2001.« C'est petit à petit que cela se construit. D'autant que l'archéologie, autrefois essentiellement tournée vers les sciences humaines, afin de comprendre l'organisation de la société, travaille aujourd'hui plus volontiers avec les sciences dures comme la physique. »
Des outils de plus en plus pointus pour décrypter l'histoire, comme une véritable enquête policière, avant de rédiger un rapport.« Il s'agit de rassembler les éléments d'un puzzle pour mieux comprendre, interpréter, déduire », et éventuellement balayer quelques lieux communs, « ceux des barbares gaulois par exemple ou de l'obscurantisme médiéval ».
Il a récemment franchi le pas en retournant à l'universitépour valider ses solides acquis par une licence d'archéologie, « et acquérir les fondamentaux historiques nécessaires ». Un parcours qui n'est plus vraiment de cours aujourd'hui et que Stéphane Augry regrette un peu, même s'il reconnaît les remarquables compétences de ses jeunes collègues universitaires. « Dix ans, il faut bien ça pour former un bon archéologue. »
Camille GUILLEMOIS.
Source de l'information et photographie : http://www.jactiv.ouest-france.fr/job-formation/decouvrir/parcours-atypique-stephane-archeologue-dans-pays-loire-22262