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Archéologie poitevine
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10 novembre 2013

Quand on parle du loup dans les Deux-Sèvres

Deux-Sèvres, Édition

10/11/2013 05:46
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Claude Ribouillault et Frédéric Dumerchat ont pisté le loup.

Gare ! Le loup est parmi nous. A l’entrée de nos lieux-dits, sous la poussière de nos granges, aux replis de notre inconscient collectif. La preuve en 160 pages.

Loup y es-tu ? Si on excepte la meute du zoo de Chizé (lire ci-dessous) et le fait qu'un médecin en aurait aperçu au lendemain de la guerre entre La Crèche et Saint-Maixent, il n'y a plus de loup en Deux-Sèvres depuis que le dernier a été abattu en 1927.

Entre crainte et fascination

Pourtant, l'animal est encore bien présent. L'historien Claude Ribouillault et Frédéric Dumerchat, spécialiste des traditions populaires, n'ont guère eu de difficultés à retrouver sa trace tant il a marqué de sa patte la communauté humaine, lui inspirant un sentiment ambigu de crainte et de fascination. Nos venelles et nos entrées de bourgs s'en souviennent (Chanteloup, Saint-Loup, la Mare aux Loups…), les « fourches à loup » de nos aïeux s'exposent au musée d'Airvault, nos expressions sont bourrées de référence (nos « loupiotes » étaient des lanternes percées de deux trous censées garder l'affamé à distance en reproduisant ses yeux luisant dans la nuit), les témoignages d'attaques ou de rencontres, plus ou moins enjolivés, pullulent dans les archives et les mémoires…

Suppôt du Malin

Claude lui-même se souvient de sa grand-mère racontant qu'étant jeune fille, elle avait toujours à portée de main un bâton pour se défendre contre une attaque quand elle gardait oies et chèvres. « Alors qu'il n'y avait plus de loup depuis longtemps ! », sourit-il. La mythologie est tenace, nourrie de nos craintes viscérales. « Jusqu'au début du Moyen âge, le loup n'était pourtant pas craint », rappelle Frédéric Dumerchat. Mais les récits l'ont stigmatisé : entre les XVe et XIXe siècle, quelque 4.000 personnes n'ont pas survécu à ses mâchoires (la moitié des victimes a en réalité succombé à la rage). L'Église et les naïvetés populaires en ont ajouté une couche, faisant de lui un suppôt du Malin, lui conférant sa dimension maléfique. Des sous-bois aux ténèbres, il n'y avait qu'un pas, le loup allait devenir la bête noire des petites gens, démon prêt à happer les brebis égarées, la mauvaise rencontre à redouter par-dessus tout. Voir le loup nuisait gravement à la santé. Le développement économique et l'expansion démographique ne l'ont pas davantage épargné. « A partir du XVIIe siècle, s'est progressivement imposée l'idée que le loup n'avait plus rien à faire dans nos contrées. »

Métaphores

Il est alors devenu « un personnage administratif » dont on comptait les cadavres à chaque battue. Les registres disent que 5.247 loups et louveteaux ont été abattus en Poitou entre 1770 et 1784. L'imagination a fait le reste, précipitant le récit dans le fantastique. Ce sont ces métamorphoses et métaphores qu'explorent Claude Ribouillault et Frédéric Dumerchat dans « Histoire et mémoire du loup en Poitou-Charentes-Vendée ». Ni plaidoyer ni appel à la fourche, ce livre se déploie à la croisée du témoignage et du fantasme, s'ouvre en lisière de forêt, mêle le savant et le populaire, côtoie les meneurs, les veneurs et les sorciers… Bien que sorti du bois, ce coquin de grand méchant loup sillonnera encore longtemps nos champs lexicaux. Du crépuscule à l'aurore.

nr.niort@nrco.fr

Emmanuel Touron
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