L'université de Poitiers (86) découvre les primates fossiles du Dur At-Talah
Après le crâne de Toumaï (7 millions d'années) découvert en 2001 au Tchad par une mission conduite par le paléoanthropologue poitevin Michel Brunet, l'université de Poitiers (Vienne) occupe de nouveau le devant de la scène scientifique.
Les fossiles de singes anthropoïdes que les chercheurs et étudiants de l'Iphep (1) sont parvenus à extraire du désert libyen remonteraient à 38 ou 39 millions d'années. La revue britannique Nature a publié les premiers éléments des recherches menées sous la houlette du professeur Jean-Jacques Jaeger. Recherches qui perdurent depuis l'accord de recherches signé par Michel Brunet en 2004 entre l'université de Poitiers et l'université de Tripoli à l'occasion d'une visite présidentielle de Jacques Chirac.
Les équipes de Michel Brunet ont effectué, entre 2006 et 2009, quatre expéditions de fouilles au Dur At-Talah dans le désert sud-libyen à 200 kilomètres de la frontière tchadienne. Dans des conditions climatiques difficiles, sous la surveillance de policiers, ils auront passé au tamis (1 millimètre de maillage) une série de sédiments où se sont déposés des fossiles.
Un travail de fourmis «pour collecter seulement 22 dents de primates». Ainsi a été mise au jour la plus ancienne communauté de primates anthropoïdes d'Afrique remontant à 38 ou 39 millions d'années. Un groupe de singes duquel descendrait Toumaï, premier hominidé. Ces primates seraient nos ancêtres les plus lointains. Les anthropoïdes découverts sont d'une extrême petite taille: le plus petit fossile pèse 130 grammes, le plus grand 473. «Cela atteste de la petitesse des animaux correspondants.»
«À 10 000 kilomètres d'écart, en Birmanie et en Libye, il a été trouvé deux dents de la même forme. Cela rapporte une preuve évidente de migration de ces primates de l'Asie, où leur présence remonte là-bas à 57 millions d'années, vers l'Afrique. Reste à savoir de quand elle date.»
Le 25 novembre 2010, Pauline Coster, membre de l'Iphep, a soutenu à Poitiers une thèse basée en grande partie sur le récit des recherches en Libye. « Il est indispensable qu'un tel projet s'accompagne de la formation d'étudiants, sinon c'est un échec», insiste le professeur Jaeger.
(1) Institut international de paléoprimatologie, paléontologie humaine: évolution et paléoenvironnement.
A lire dans Nature :
Reconstructing the early evolutionary history of anthropoid primates is hindered by a lack of consensus on both the timing and biogeography of anthropoid origins. Some prefer an ancient (Cretaceous) origin for anthropoids in Africa or some other Gondwanan landmass, whereas others advocate a more recent (early Cenozoic) origin for anthropoids in Asia , with subsequent dispersal of one or more early anthropoid taxa to Africa. The oldest undoubted African anthropoid primates described so far are three species of the parapithecid Biretia from the late middle Eocene Bir El Ater locality of Algeria and the late Eocene BQ-2 site in the Fayum region of northern Egypt. Here we report the discovery of the oldest known diverse assemblage of African anthropoids from the late middle Eocene Dur At-Talah escarpment in central Libya. The primate assemblage from Dur At-Talah includes diminutive species pertaining to three higher-level anthropoid clades (Afrotarsiidae, Parapithecidae and Oligopithecidae) as well as a small species of the early strepsirhine primate Karanisia. The high taxonomic diversity of anthropoids at Dur At-Talah indicates either a much longer interval of anthropoid evolution in Africa than is currently documented in the fossil record or the nearly synchronous colonization of Africa by multiple anthropoid clades at some time during the middle Eocene epoch.