Le mystère de la statue décapitée
Deux-Sèvres, Ménigoute, Parthenay, Patrimoine
Sur les fondations d'une chapelle à Saint-Giraud de Chantecorps eut lieu vers 1890 une étrange découverte : « une grande statue de la Vierge à l'enfant, datant du XIVe siècle, aux têtes cassées et en calcaire, statue qui serait au musée de Niort. » Ces propos énigmatiques proviennent de la monographie consacrée à l'abbaye royale Notre-Dame des Châtelliers par Ph. X. Michaud, publié aux éphémères éditions « Les clés du patrimoine » de Parthenay.
Cet ouvrage, aujourd'hui épuisé et occasionnellement trouvable dans les vide-greniers, n'en dit pas plus sur cette sculpture. Pourtant, une statue ressemblant étrangement à cette description se trouve en dépôt au musée Raoul-Royer de Ménigoute. La similitude pourrait en rester là si cette œuvre religieuse n'avait pas été récupérée à Vausseroux, il y a un quart de siècle, alors qu'elle croupissait, abandonnée dans un recoin. Or, à la fin des années 1800, de nombreux objets mobiliers, provenant de l'abbatiale des Châtelliers sont venus rejoindre l'église de Vausseroux, tout juste construite. La statue avait peut-être aussi cette vocation d'ornement du nouveau lieu de culte mais, tronquée de ses têtes, elle a alors été laissée en déshérence.
Bleu, blanc, rouge
Les personnages décapités peuvent être des séquelles des guerres de religion ou de la révolution française. D'autres signes font pencher pour la deuxième option. En effet, les plis du vêtement féminin, initialement vert sous-bois, ont été recouverts sur le buste de bleu, à la ceinture de blanc et au niveau de la jupe de rouge. De plus, le courageux iconoclaste a signé son forfait au dos de la sculpture : « Messire P Thomas C Pillac 1791 ». Une autre sculpture accompagne la Vierge à l'enfant, elle aussi décapitée, mais non repeinte, et de même facture que sa vis-à-vis. Elle représente un prélat de haute lignée, au vêtement orné de fleurs de lys et avec un tout petit mendiant accroché aux replis de sa robe.