Publié le 22/08/2013 à 06h00 Par Léa Gasquet
Publié le 22/08/2013 à 06h00 Par Léa Gasquet
Ostréiculteur retraité, Christian Ricou a découvert comment les premiers hommes taillaient.
Christian Ricou est un homme opiniâtre, pour ne pas dire entêté. Depuis bientôt quarante ans, cet ostréiculteur oléronnais de 78 ans s’ingénie à comprendre comment les hommes préhistoriques taillaient leurs outils. Aujourd’hui retraité, il se consacre entièrement à sa passion : l’archéologie.
Dans le garage de sa maison au Château-d’Oléron, il taille et retaille des centaines de silex pour tenter de retrouver le geste exact de nos ancêtres. Des perçoirs, des pointes de flèche, des hameçons. Comment ces hommes parvenaient-ils à réaliser de si petits objets avec de simples cailloux ?
Retrouver le geste
En 1974, c’est la découverte accidentelle d’un petit grattoir du néolithique qui a poussé Christian Ricou à s’intéresser à l’archéologie. « De la même manière que l’on étudie l’œuvre d’un peintre ou d’un écrivain pour comprendre l’individu, j’ai voulu comprendre l’intelligence de ces hommes qui ont vécu il y a des milliers d’années, voire des centaines de milliers d’années. Pour ça, il faut comprendre comment ils ont fabriqué leurs outils », explique celui qui se décrit avec humilité comme un paysan de la mer.
Cet insatiable curieux s’est d’abord plongé dans les ouvrages universitaires et les revues scientifiques spécialisées avant de s’essayer lui-même à la taille. Mais impossible de réaliser de petits objets avec les techniques décrites par les archéologues à l’époque. « Je me suis aperçu que quelque chose n’était pas logique. On ne peut pas faire mentir la main, c’est une mécanique logique. Si l’outil n’est pas adapté à la main, c’est que ce n’est pas le bon tout simplement ! ».
Issu d’une famille de paysans, Christian Ricou a commencé à travailler très jeune. Les circonstances de la vie ne lui ont pas laissé l’opportunité de faire des études. Sa méthode de recherche est donc l’expérimentation et non les hypothèses. « Il faut remonter la chaîne opératoire à partir des outils qu’on retrouve. Il faut essayer des centaines et des centaines de fois avec différentes techniques et ne pas avoir peur de se remettre en question ». L’observation minutieuse des impacts et des éclats de taille le mettent sur la bonne voie. Grâce à son esprit de déduction et à son habileté manuelle, il parvient finalement à reproduire à l’identique des pointes de flèches, puis des hameçons.
Associé à son ami Thimus Esnard, Christian Ricou fait parler de lui dans le monde de l’archéologie. En 1998, sa découverte est publiée dans le bulletin de la Société préhistorique française, l’une des plus anciennes sociétés d’archéologie. Les deux amateurs affirment que les hommes préhistoriques taillaient les pointes de leurs flèches non pas dans leur main, comme cela était supposé, mais sur un support en bois. « Le bois amortit l’impact donné par le silex qui sert de compresseur. J’ai trouvé l’outil qui a fait l’outil ! Et j’ai démenti les hypothèses des archéologues », constate Christian Ricou, sans aucune prétention.
Aujourd’hui, il attend patiemment que la Société française de préhistoire reconnaisse également sa trouvaille technique pour les hameçons du néolithique. « J’en taille depuis 1980 », assure notre homme. « J’aimerais simplement qu’on reconnaisse que c’est moi qui ait découvert la bonne méthode le premier »
