Archéologues voltigeurs à Coudray-Salbart
Deux-Sèvres, Échiré, Patrimoine
Médiéviste, spécialiste des bâtiments et fortifications, Adrien Montigny mène son travail comme un enquêteur.
Profitant des chantiers de restauration, des archéologues tentent de percer les secrets de construction de la forteresse médiévale. Parfois périlleux.
Cliché fossile que celui de l'archéologue pépère. Adrien Montigny exerce son métier à plus de vingt-six mètres de hauteur. Perché sous les bourrasques, au sommet de la tour du Moulin, l'une des cinq de la forteresse de Coudray-Salbart à Echiré. « J'ai demandé à ma direction des équipiers qui n'aient pas le vertige », plaisante le responsable scientifique des fouilles préventives en cours jusqu'à la fin de ce mois. Version Indiana Jones, les trois archéologues accèdent à ce chantier aérien soit par les échelles des échafaudages, soit par le capricieux monte-charge qui vaut tous les ponts de lianes, l'arthritique escalier en colimaçon étant impraticable. « Il est évident que l'on profite de ces installations pour pouvoir mener nos recherches, poursuit Adrien Montigny, les fouilles sont soumises au rythme des travaux de restauration. » Avant même d'entamer les observations, l'équipe a consacré près d'une semaine à déblayer minutieusement le sommet de la tour longtemps resté inaccessible : « Sur dix mètres de diamètre, sept à huit mètres cubes de terre et branchages, sur une épaisseur d'un mètre cinquante, accumulés au fil des siècles ».
" Des étoiles, des arbalètes "
Des conditions idéales pour l'archéologue qui, depuis 2006, accompagne au sein d'un collectif d'historiens et autres géologues, la forteresse « restée dans son jus depuis le XIIIe, ce qui est rare », dit-il.Spécialité d'Adrien Montigny, l'archéologie du bâtiment et de la fortification, « castellologue », s'amuse-t-il. A ce titre, le médiéviste porte un regard d'expert « sur une multitude de détails qu'il faut relever, dessiner, photographier, archiver, puis mettre en perspective afin de comprendre comment le chantier médiéval s'est déroulé ». L'intervention portant surtout sur les élévations et le sommet. Pas de trace d'échafaudage ? « Les gens construisaient sous leurs pieds, l'arase servant de base à la suite de la construction ? » Au sommet, un dallage pentu, une gargouille d'évacuation, quelques éclats de tuiles, « peut-être pour protéger l'escalier, la tour n'étant pas complètement couverte ». Et puis ces énigmatiques marques lapidaires par les bâtisseurs : « Sept à peine, contre 750 recensées sur la grande tour, des sabliers, des étoiles à cinq branches, des arbalètes ». Pourquoi ces signatures ? « C'est le grand débat. Peut-être une comptabilité de chantier, pour être payé à la tâche ? » Encore du pain sur la planche de ce Sherlock des châteaux.
Source de l'information et photographie : http://www.lanouvellerepublique.fr/Deux-Sevres/Loisirs/Expos-musees/n/Contenus/Articles/2014/02/23/Archeologues-voltigeurs-a-Coudray-Salbart-1806885

