L'histoire enfouie de Lusignan remonte à la surface
Vienne, Lusignan
Personne ne soupçonnait son existence à douze mètres sous terre. Une salle de l’ancienne forteresse vient d’être mise au jour. Une découverte exceptionnelle.
L'épopée de la puissante famille des Seigneurs de Lusignan, qui partirent du Poitou vers l'Orient où ils furent rois de Chypre, de Jérusalem et d'Arménie (XIIe - XVe siècles) est au cœur du patrimoine de la ville de Lusignan. Cette histoire qui remonte à plusieurs siècles, vient de ressurgir à la faveur d'une découverte tout à fait exceptionnelle. Peu des 2.680 habitants de la commune le savent, et ils sont encore beaucoup moins à avoir pu pénétrer dans ce lieu situé sous l'une des deux tours de la porte occidentale du centre-ville.
" J'étais le petit gamin qui descendait dans les grottes de Lascaux "
Le maire René Gibault ne se lasse pas de raconter les circonstances de la découverte. « Quand je suis descendu avec l'archéologue la première fois, il m'a dit : il y a trois cents ou cinq cents ans que personne n'a pénétré là. J'étais le petit gamin qui descendait dans les grottes de Lascaux. » Il ne s'agit pas du fameux trésor de la Fée Mélusine que certains habitants cherchaient encore dans les années cinquante dans des souterrains du bourg, mais d'une salle voûtée en parfait état de conservation, avec ses arcades romanes. Elle comprend une archère et l'emplacement d'une canonnière. Elle est située sous l'une des deux tours que la ville a acquis l'an dernier. Des travaux sont en cours pour la mise en valeur de la porte occidentale, réalisés par l'entreprise Soporen à qui l'on doit la restauration de l'église Notre-Dame-la-Grande de Poitiers. « On est descendu dans l'une des tours, il y avait une cave avec des arcades. Cela me paraissait logique par rapport à l'histoire de Lusignan, explique le maire. Il y avait un endroit avec un genre de ciment et j'ai senti comme un courant d'air. L'histoire nous dit qu'il y avait une communication entre les deux tours. » Il a donc été décidé avec les Monuments historiques de procéder à une étude archéologique confiée à la Scop Atemporelle de Parthenay spécialisée dans le patrimoine médiéval. Effectivement, fin novembre, l'archéologue qui dirige les travaux, Fabrice Mandon, confirme l'existence d'une communication, un trou « qui partait en profondeur ». Après avoir dégagé l'accès, ils sont descendus à l'aide d'une échelle.
L'aide de l'école de géophysique d'Orsay
Selon les premières études, il s'agirait d'une salle de garde dans des douves sèches profondes de 10 à 12 mètres, qui a pu servir de prison à une époque. Après cette découverte, « on se pose la question maintenant, comment c'était Lusignan ? On parle de souterrains. Vraisemblablement il doit y avoir des salles ailleurs, réfléchit le 1er mélusin. L'histoire nous ramène à la réalité. Bien sûr, on ne va pas détruire tout Lusignan, rassure-t-il, mais on veut essayer de comprendre comment la ville était construite à l'époque ». En mai prochain, on devrait en savoir davantage grâce à l'aide des nouvelles technologies de l'école de géophysique d'Orsay et de ses étudiants qui se rendront à Lusignan pour faire des recherches à l'aide de sonars. Et peut-être d'autres découvertes exceptionnelles.