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Archéologie poitevine
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13 janvier 2011

A qui appartiennent les sites préhistoriques majeurs en Charente ?

Sites archéologiques: le match public-privé en Charente

Article de la Charente Libre du 13/01/2011 a voir pour sa galerie photo !

L'aven du Charnier, à Vilhonneur, vient d'échapper à l'État et reste fermé En Charente, les sites archéologiques ont des propriétaires divers. Public et chercheurs n'y trouvent pas toujours leur compte.

L'État se bat pour obtenir la propriété de l'aven du Charnier, à Vilhonneur (ou grotte du Visage), mais laisse le site de La Quina à l'abandon, dévoré par les ronces. À Gardes-Le-Pontaroux, seuls les initiés peuvent repérer l'endroit où, il y a 100 ans, un squelette néandertalien a été retrouvé.

Surprise, des privés s'occupent bien mieux de ces vestiges archéologiques, patrimoine de tous. La famille La Ferrière, propriétaire du site de La Chaise à Vouthon, fait un travail remarquable pour entretenir et protéger le lieu qui a révélé les restes d'une quinzaine d'individus de plus de 150 000 ans et garantir l'accès au public.

La Charente compte des dizaines de sites archéologiques, dont les statuts sont très divers. Certains appartiennent à l'État, d'autres au Département, d'autres à des privés. Dans cette dernière catégorie, quelques-uns sont loués à des collectivités territoriales (voir infographie). Une complexité qui ne facilite pas l'exploitation d'un patrimoine qui est pourtant d'une richesse exceptionnelle.

Pour le préhistorien André Debénath, ce patrimoine «devrait être systématiquement attribué à l'État». «À charge pour lui de dédommager le propriétaire.»

«Un os de hyène et un os de dinosaure n'ont pas le même statut»

La réalité est tout autre et c'est avant tout une affaire de bonne volonté et d'enthousiasme. Les découvertes de restes de crocodiles ou de dinosaures dans les carrières Garandeau à Cherves-Richemont ou Audouin à Angeac-Charente ont été l'occasion pour les carriers de dérouler le tapis rouge aux chercheurs. Jean-François Tournepiche, conservateur en charge de l'archéologie au musée d'Angoulême, apprécie: «Nous étions livrés à leur bon vouloir. Les dinosaures ne sont pas protégés par les lois sur le patrimoine archéologique. Un os de hyène et un os de dinosaure n'ont pas le même statut. Tout ce qui est contemporain de l'homme est protégé, tout ce qui est antérieur ne l'est pas.»

Et pourtant, Garandeau a financé les recherches et Audouin déplace ses pelleteuses pour laisser travailler les archéologues. L'absence de textes n'a pas que des inconvénients. «C'est aussi plus léger à gérer, plus simple administrativement, quand on travaille avec des gens enthousiastes», souligne Jean-François Tournepiche.

Pleins de bonne volonté, également, les élus de la commune de Sers. Ils bénéficient d'un bail emphytéotique gratuit de Françoise Bréton, propriétaire du Roc de Sers, où se trouve le moulage d'une frise solutréenne. Pour l'instant, le site est visitable sur rendez-vous. La réflexion en cours vise à le rendre accessible en permanence.

Le Département, lui aussi, prend soin de son patrimoine. Propriétaire de la grotte du Placard, à Vilhonneur, le conseil général achève l'aménagement d'une passerelle pour faciliter l'accès du public aux parois couvertes de fines gravures représentant des animaux et datant de 20 000 ans. Également en possession de la Chaire à Calvin à Mouthiers, il en a fait le seul site européen ouvert aux fauteuils roulants, où l'on peut admirer une paroi sculptée d'animaux il y a 15 000 ans.

Jean-François Tournepiche, qui a fait le tour de la question, tranche: «Ce qui est bien, c'est quand une collectivité peut acquérir un bien commun. La propriété collective, c'est quand même le mieux.»


La Quina: un legs en suspens depuis 97 ans

Bientôt 100 ans que ça dure... Le docteur Henri-Martin, qui avait acheté le site de La Quina à Gardes-Le-Pontaroux pour pouvoir le fouiller à son aise, décide dès 1914 de le léguer à l'État. Un legs dans un premier temps refusé, puis accepté, mais non enregistré. En 1958, il est invalidé. La fille de Léon Henri-Martin, Germaine, qui avait pris la suite des travaux de son père, lègue de nouveau La Quina à l'État à sa mort en 1975. Pourtant, il y a quelques années, la propriété du site était toujours ambiguë, la transcription des actes n'ayant jamais été réalisée. «C'est top, 100 ans d'administration», sourit jaune Françoise Bréton, la petite-fille de Léon Henri-Martin, qui habite aujourd'hui la maison de ses ancêtres. Elle ajoute, désabusée: «Alors que le Département est prêt à assurer l'entretien...» Le site envahi par les ronces, ça la rend malade. Dès que l'embrouillamini administratif sera réglé, le conseil général de la Charente pourra prendre possession du site. André Debénath rêve déjà. Un bon débroussaillage, un bâtiment vitré, des panneaux explicatifs: «Il n'y en aurait pas pour cher. Et pas besoin de bureau d'études.»

Vilhonneur: l'État prêt à renoncer

Jean-Paul Godderidge, le directeur  régional des Affaires culturelles, estime peu probable que le ministère  de la Culture poursuive en Conseil d'État dans l'affaire de l'aven du  Charnier à Vilhonneur (CL du 8 janvier). Maintenant que la cour d'appel  du tribunal administratif de Bordeaux a débouté l'État et conforté Henri  Mathé-Dumaine dans ses droits de propriétaire du site trouvé en 2005,  le directeur va prendre contact avec lui. «En effet, s'il est  l'incontestable propriétaire du site, celui-ci reste toutefois sous le  contrôle technique et scientifique de l'État. Le propriétaire ne peut  pas en faire n'importe quoi.» Actuellement, aucun chercheur ni aucun  visiteur n'a accès à l'aven. «Je préserve le site, je le protège»,  rétorque Henri Mathé-Dumaine. «Quand il n'y a pas de menace de  destruction, le propriétaire peut interdire les fouilles», explique  Jean-François Tournepiche, conservateur en charge de l'archéologie au  musée d'Angoulême. Pour Jean-Paul Godderidge, «il serait plus sage de  reconsidérer le problème sous l'angle législatif». Les textes français  et européens sont en effet en contradiction: l'Europe privilégie le  droit de propriété, la France le droit de l'État, ne proposant qu'un  dédommagement a minima pour les éventuels dégâts occasionnés lors de  l'accès au site.

«La loi est inepte, stupide. Elle est faite pour éviter à l'État  de payer pour des découvertes importantes. Or ces découvertes valent  leur prix», estime Henri Mathé-Dumaine.

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